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La Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire


Introduction

Liens avec la Charte humanitaire et le droit international

Les standards minimums sur la sécurité alimentaire et la nutrition sont une expression concrète des convictions et des engagements que partagent les agences humanitaires, et des principes communs qui régissent l’action humanitaire tels qu’ils sont formulés dans la Charte humanitaire. Fondés sur le principe d’humanité et repris dans le droit international, ces principes sont notamment le droit de vivre dans la dignité, le droit à la protection et à la sécurité, et le droit à une assistance humanitaire fournie selon les besoins. Une liste des documents juridiques et d’orientation essentiels sur lesquels repose la Charte humanitaire est fournie pour référence à l’annexe 1, accompagnée de commentaires explicatifs à l’usage des travailleurs humanitaires.

Bien qu’il incombe au premier chef aux États de garantir les droits énumérés ci-dessus, les agences humanitaires ont, elles, la responsabilité de veiller à ce que leur travail auprès des populations touchées par une catastrophe se fasse dans le respect de ces droits. De ceux-ci, qui sont de portée générale, en découlent d’autres plus spécifiques. Il s’agit notamment du droit à la participation, du droit à l’information et du droit à la non-discrimination – qui sous-tendent les standards essentiels –, ainsi que des droits portant plus particulièrement sur l’eau, l’assainissement, l’alimentation, l’abri et la santé, sur lesquels reposent lesdits standards essentiels et les standards minimums exposés dans ce manuel.

Toute personne a droit à une alimentation suffisante. Ce droit, reconnu dans des instruments juridiques internationaux, comprend le droit d’être à l’abri de la faim. Quand des personnes ou des groupes de personnes sont dans l'incapacité, pour des raisons qu’ils ne maîtrisent pas, de jouir du droit à une alimentation suffisante avec les moyens dont ils disposent, les États ont l'obligation d'y pourvoir directement. Le droit à l’alimentation implique pour les États les obligations suivantes :

Dans les situations de catastrophe, les États doivent fournir de la nourriture aux personnes qui en ont besoin ; ils peuvent faire appel à l'aide internationale si leurs propres ressources ne suffisent pas. Ils doivent également faciliter à l'aide internationale un accès en toute sécurité et sans entrave.

Les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels établissent le droit d’avoir accès à la nourriture dans les situations de conflit armé et d'occupation. Il est interdit d'utiliser contre les civils la famine comme méthode de guerre. Il est également interdit d'attaquer, de détruire, d'enlever ou de mettre hors d'usage les denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d'eau potable et les ouvrages d'irrigation. Quand un État en occupe un autre par la force, le droit international humanitaire oblige la puissance occupante à assurer un approvisionnement adéquat de la population en vivres, et à en importer si les ressources du territoire occupé sont insuffisantes. Les États doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que les réfugiés et les personnes déplacées dans leur pays aient accès en tout temps à une alimentation suffisante.

Les standards minimums exposés dans le présent chapitre reflètent l’essence même du droit à l'alimentation et contribuent à sa réalisation progressive au niveau mondial.

Importance de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans les situations de catastrophe

L’accès à la nourriture et le maintien d’un état nutritionnel adéquat sont des facteurs déterminants pour la survie des personnes lors d’une catastrophe. Les personnes touchées par d’une catastrophe sont souvent déjà chroniquement sous-alimentées quand celle-ci les frappe. La sous-alimentation est un grave problème de santé publique et l’une des principales causes de mortalité, que ce soit directement ou indirectement.

Les causes de la sous-alimentation sont complexes. Le cadre conceptuel ci-après est un outil analytique qui montre l'interaction entre les divers facteurs contribuant à la sous-alimentation. Les causes immédiates sont la maladie et/ou un apport alimentaire insuffisant, qui résultent de la pauvreté sous-jacente, de l'insécurité alimentaire des ménages, de mauvaises pratiques en matière de soins dans les ménages ou la communauté, d’une eau de mauvaise qualité, du manque d'hygiène et d'assainissement, et d’un accès insuffisant aux soins de santé. Des catastrophes telles que les cyclones, les tremblements de terre, les inondations, les conflits armés et la sécheresse ont toutes une influence directe sur les causes profondes de la sous-alimentation. La vulnérabilité d’un ménage ou d'une communauté détermine sa capacité d’endurer ces chocs. La capacité de gérer les risques qui en découlent dépend largement des caractéristiques d'un ménage ou d'une communauté, en particulier de ses ressources et de ses stratégies d'adaptation et de subsistance.

Dans ce chapitre, on utilise les définitions suivantes :

Le schéma ci-dessous montre que l'exposition au risque de sous-alimentation est déterminée par la fréquence et la gravité des catastrophes naturelles ou causées par l'homme, ainsi que par leur portée socioéconomique et géographique. Les facteurs déterminants de la capacité d’adaptation sont notamment le niveau des ressources d'un ménage sur les plans financier, humain, physique, social, naturel et politique ; le niveau de la production, des revenus et de la consommation du ménage, et sa capacité de diversifier ses sources de revenus ainsi que sa consommation pour atténuer les effets des risques auxquels il est exposé.




 

La vulnérabilité du nourrisson et du jeune enfant exige qu'une attention prioritaire soit portée à en priorité de leur nutrition. En effet, la prévention de la sous-alimentation est aussi importante que le traitement de la malnutrition aiguë. Les interventions de sécurité alimentaire peuvent être déterminantes pou l'état nutritionnel et la santé du nourrisson et du jeune enfant à court terme, et leurs chances de survie et de bien-être à long terme.

Les femmes jouent souvent un rôle plus important dans la planification et la préparation de la nourriture pour leur famille. Après une catastrophe, il arrive que les stratégies familiales de subsistance changent. Pour améliorer la sécurité alimentaire du ménage, il est donc capital de reconnaître les rôles distincts de chacun en matière de nutrition familiale. Il est également important de comprendre les besoins nutritionnels particuliers des femmes enceintes et des mères allaitantes, des jeunes enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées pour y répondre par des apports alimentaires appropriés.

Dans une situation de catastrophe, la réponse en termes de sécurité alimentaire et de nutrition sera d’autant meilleure qu’on s’y sera mieux préparé. Cette préparation est la résultante des capacités, des relations et des connaissances qu’ont pu développer les gouvernements, les agences humanitaires, les organisations locales de la société civile, les communautés et les individus pour anticiper les situations et gérer efficacement les dangers probables, imminents ou existants. Elle repose sur une analyse des risques et est étroitement liée aux systèmes d’alerte précoce. La préparation comprend la mise au point de plans d’urgence, la constitution de stocks de matériel et de fournitures, les services d’intervention d’urgence, les dispositifs de mise en alerte, la formation du personnel et la planification au niveau communautaire, avec entraînements et exercices.

Les principaux domaines d'intervention en matière de sécurité alimentaire et de nutrition lors de catastrophes qui sont couverts dans le présent manuel sont les suivants : l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant, la prise en charge de la malnutrition aiguë et des carences en micronutriments, les transferts de vivres, les transferts d’argent liquide et de bons d’achat, et les moyens de subsistance.

Liens avec les autres chapitres

Nombre des standards figurant dans les autres chapitres concernent aussi le présent chapitre. Les progrès effectués dans la réalisation des standards d’un domaine particulier influencent souvent, voire déterminent, les progrès réalisés dans d’autres domaines. Pour qu’une intervention soit efficace, il faut qu’il y ait une coordination et une collaboration étroites avec d’autres secteurs. La coordination avec les autorités locales, les autres agences participant à l’intervention et les associations locales est, elle aussi, nécessaire pour que les besoins soient satisfaits, que les efforts déployés ne fassent pas double emploi, et que la qualité des interventions en matière de sécurité alimentaire et de nutrition soit optimisée.

Parmi les causes profondes de la malnutrition, le cadre conceptuel relatif à la sous-alimentation (voir la page xx) met en évidence un environnement domestique malsain et des services de santé inadéquats. Pour prévenir la malnutrition ou y remédier, il faut donc que les interventions atteignent les standards minimums exposés dans ce chapitre et ceux consacrés au programme WASH, aux abris et à la santé. Il faut aussi qu’elles atteignent les standards essentiels et répondent aux principes de protection. En effet, pour assurer la sécurité alimentaire et la nutrition de tous les groupes d’une manière qui garantisse leur survie et veille au respect de leur dignité, il ne suffit pas d’atteindre les seuls standards exposés dans le présent chapitre.

On se référera également, s’il y a lieu, à des standards ou à des notes d’orientation spécifiques d'autres chapitres et à des standards associés et complémentaires.

Liens avec les principes de protection et les standards essentiels

Pour réaliser les standards énoncés dans ce manuel, toutes les agences humanitaires doivent être guidées par les principes de protection, même si elles n’ont pas spécifiquement un mandat de protection ou ne sont pas spécialisées dans ce domaine. Les principes ne sont pas « absolus » : on sait que les circonstances peuvent limiter la mesure dans laquelle les agences parviennent à les appliquer. Ils sont néanmoins le reflet de préoccupations humanitaires universelles qui doivent guider l’action en tout temps.

Les six standards essentiels sont des standards fondamentaux relatifs aux processus et aux personnels, et sont communs à tous les secteurs. Ils couvrent  l’intervention humanitaire centrée sur les personnes; la coordination et la collaboration; l’évaluation; la conception et l’intervention proprement dite; la performance, la transparence et l’apprentissage; et la performance des travailleurs humanitaires. Ils constituent un point de référence unique pour les modes d’action qui sous-tendent tous les autres standards du manuel. On ne peut donc atteindre les standards spécifiques de chaque chapitre technique sans appliquer en parallèle ces standards essentiels. C’est ainsi que, en particulier, pour qu’une intervention soit pertinente et de qualité, il faut faire participer le plus possible la population affectée, notamment les groupes et les individus qui courent le plus de risques en cas de catastrophe.

 

Facteurs de vulnérabilité et capacités des populations touchées par une catastrophe

Cette section est conçue pour être utilisée en parallèle avec les standards essentiels et les renforcer.

Il est important de comprendre que le fait d’être jeune ou âgé, d’être une femme, une personne handicapée ou une personne vivant avec le VIH, ne rend pas en soi la personne plus vulnérable ni ne l’expose à un risque accru. C’est plutôt la conjonction de plusieurs facteurs qui a cet effet. Ainsi, une personne de plus de 70 ans, par exemple, vivant seule et en mauvaise santé, sera sans doute plus vulnérable qu’une personne du même âge dans le même état de santé mais vivant au sein d’une famille élargie et jouissant de revenus suffisants. De la même manière, une petite fille de 3 ans est beaucoup plus vulnérable si elle est non accompagnée que si elle pouvait bénéficier des soins de parents responsables.

Tandis que les standards sur la sécurité alimentaire et la nutrition sont appliqués et les actions clés mises en œuvre, une analyse des vulnérabilité et des capacités permet de s’assurer que les efforts déployés dans l’intervention aident effectivement, sans discrimination celles et ceux qui ont droit à une assistance et qui en ont le plus besoin. Ceci exige une bonne connaissance du contexte local et de la façon dont telle ou telle situation de crise a des conséquences différentes selon les groupes de personnes touchés, en raison de facteurs de vulnérabilité préexistants (par exemple, leur extrême pauvreté ou une situation de discrimination), de leur exposition à diverses menaces pour leur sécurité (par exemple, actes de violence liés au sexe, dont l’exploitation sexuelle), de l’incidence et de la prévalence de diverses maladies (le VIH ou tuberculose, notamment) et des risques d’épidémies (comme la rougeole ou le choléra). Les catastrophes peuvent exacerber les inégalités préexistantes. En fait, il est essentiel de soutenir les stratégies d’adaptation, la résilience et la capacité de récupération de la population affectée. Il faut encourager ses connaissances, son savoir-faire et ses stratégies, et s’attacher à ce qu’elle accès à des services d’appui social, juridique, financier et psychosocial. Il faut en outre l'aider à surmonter les divers obstacles physiques, culturels, économiques et sociaux qui peuvent l'empêcher d’avoir un accès équitable à ces services.

Ci-après quelques mesures importantes visant à ce que les droits et les capacités de toutes les personnes vulnérables soient dûment pris en compte :