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La Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire


Standard 1 sur la sécurité alimentaire – transferts d’argent liquide et de bons d’achat : accès aux biens et aux services disponibles

L’argent liquide et les bons d’achat sont considérés comme des moyens de répondre aux besoins essentiels et de protéger et rétablir les moyens de subsistance.
 

Actions clés (à lire conjointement avec les notes d’orientation)

Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d’orientation)

Notes d’orientation

  1. Les transferts d’argent liquide et de bons d’achat sont des outils : les transferts d’argent et de bons d’achat sont des mécanismes permettant d’atteindre les objectifs fixés et ne constituent pas des interventions en eux-mêmes. Une évaluation comparative méticuleuse doit montrer s’ils constituent une méthode appropriée ou non, et s’ils doivent être utilisés seuls ou combinés avec d’autres actions, comme un soutien en nature. Les transferts d’argent liquide et de bons d’achat peuvent être utilisés à différents stades de la catastrophe. Le type d’intervention sera déterminé non seulement par son efficience et son efficacité escomptées pour répondre aux besoins essentiels des bénéficiaires ou pour restaurer leurs moyens de subsistance, mais aussi par le fait qu’il devrait présenter moins de risques associés. L’argent liquide et les bons d’achat offrent plus de choix et plus de souplesse que les interventions en nature, ce qui peut donner aux bénéficiaires un sentiment accru de dignité. Ils peuvent également avoir un effet démultiplicateur positif sur l’économie locale, élément dont il faut tenir compte lors des évaluations. On peut les utiliser de la manière suivante :
    • allocation d’espèces – transfert d’argent, sous conditions ou non, en un ou plusieurs versements, pour répondre à une série de besoins
       
    • bons d’achat de marchandises ou à valeur monétaire – transfert de bons en papier ou sous forme électronique à échanger contre certains biens précis ou contre des biens divers à concurrence de la valeur du bon
       
    • travail contre rémunération – transfert d’argent correspondant au revenu obtenu en participant à certaines activités (exigeant habituellement un effort physique)

    La planification, la mise en œuvre et le suivi doivent associer les parties prenantes locales, comme les gouvernements, les autorités locales, les structures et les représentants communautaires, les coopératives, les associations, les groupes locaux et les bénéficiaires. Cela donnera à l’intervention plus de pertinence et assurera sa pérennité. Une stratégie de sortie doit être prévue avec les principales parties prenantes dès le début.
     
  2. Impact sur les économies locales et les marchés : il faudra procéder à une évaluation des marchés qui analyse la situation avant et après la catastrophe, ainsi que les aspects compétitivité et intégration du marché pour répondre aux besoins du moment. L’analyse doit aussi montrer le rôle des différents acteurs du marché, la disponibilité et le prix des marchandises (biens destinés à assurer des moyens de subsistance, matériaux de construction des abris, denrées alimentaires, etc., selon les objectifs), les fluctuations saisonnières et l’accessibilité physique, sociale et économique pour les différents groupes de personnes vulnérables. L’argent liquide et les bons d’achat peuvent être une bonne formule quand les marchés fonctionnent correctement et sont accessibles, et quand la nourriture et d’autres articles de base sont disponibles en quantité suffisante et à un prix raisonnable. Les transferts peuvent alors stimuler l’économie locale et lui permettre de reprendre plus rapidement et de manière durable. L’activité des marchés stimulera les achats locaux et sera un encouragement à mieux utiliser les capacités des acteurs économiques existants. En revanche, si le contexte ne s’y prête pas, les transferts d’argent liquide et de bons d’achat peuvent fausser les marchés et avoir des effets négatifs, comme l’inflation. Il faut donc absolument suivre l’évolution des marchés pour bien comprendre l’impact que peuvent avoir ces transferts sur les économies locales et sur la population.
     
  3. Mécanismes de distribution de l’argent liquide et des bons d’achat : l’argent liquide et les bons d’achat peuvent être distribués par l’intermédiaire des agences bancaires locales, des commerces, des marchands, des sociétés locales de transfert d’argent, des agences de transfert de fonds et des bureaux de poste. Ils peuvent être remis physiquement ou au moyen des technologies modernes comme la banque mobile ou les réseaux de téléphonie mobile. Les banques sont généralement efficaces, mais pas forcément accessibles aux personnes vulnérables ; si elles sont accessibles, par exemple via des services de banque mobile, elles peuvent se révéler une solution plus sûre. Pour choisir le mécanisme de distribution, il faut étudier les options disponibles et consulter les bénéficiaires. Parmi les paramètres à prendre en compte, on peut citer le coût pour les bénéficiaires (frais bancaires, temps et frais de déplacement, temps d’attente aux points de collecte), le coût pour l’organisation (charges et frais de mise en place, temps de personnel pour la mise en place et l’administration, et transport, sécurité, éducation et formation des bénéficiaires), l'efficacité et la productivité (fiabilité, résilience, obligation de rendre des comptes, transparence, suivi, flexibilité, contrôle financier, sécurité financière, et accessibilité pour les personnes vulnérables). Une méthode qui peut paraître coûteuse peut néanmoins s’avérer être le mécanisme de transfert le plus approprié.
     
  4. Prise en compte des risques : parmi les craintes généralement associées aux transferts d’argent liquide et de bons d’achat figurent la crainte qu’ils contribuent à l’inflation (ce qui entraînerait ‒ pour la population touchée par la catastrophe autant que pour le reste de la population ‒ une diminution du pouvoir d’achat), la crainte de leur utilisation à des fins antisociales (par exemple, abus d’alcool et de tabac) et la crainte d’un accès plus inégal des hommes et des femmes à l’argent qu’aux ressources en nature. En outre, le fait de transporter des espèces peut menacer la sécurité du personnel qui en est chargé et de la population concernée (voir le principe de protection 1), et l’attrait de l’argent peut compliquer le ciblage des bénéficiaires et accroître le risque de détournement ou de saisie par des groupes armés. Il ne faut toutefois pas oublier que les distributions en nature comportent aussi des risques (voir les standards 4 et 5 sur la sécurité alimentaire – transferts de vivres). Les risques associés à l’argent liquide et aux bons d’achat peuvent être réduits au minimum si le mécanisme est bien conçu, et si les risques sont bien analysés et la gestion bien conduite. Toutes les décisions doivent s’appuyer sur des éléments concrets : des craintes infondées ne doivent pas influencer la planification du programme.
     
  5. Fixation de la valeur des transferts : la valeur fixée pour les transferts dépend du contexte. Le calcul doit se faire en consultation avec les autres agences et être fondé sur les priorités et les besoins de la population affectée, sur les prix des principaux biens qui seront vraisemblablement achetés sur le marché local, sur les autres formes d’aide qui ont été ou seront octroyées, sur les frais additionnels associés (par exemple, l’assistance aux personnes à mobilité réduite pour leurs trajets), sur la méthode, le montant et la fréquence des paiements, sur le calendrier des paiement en fonction du cycle des saisons, et sur les objectifs du programme et des transferts (par exemple, répondre aux besoins en nourriture au moyen du panier alimentaire ou fournir des emplois apportant un salaire journalier). Les variations de prix peuvent amoindrir le succès des transferts d’argent liquide ou de bons d’achat. Le budget doit donc être conçu de manière souple pour pouvoir ajuster la valeur des transferts ou ajouter une composante marchandise, en fonction du marché.
     
  6. Choix du type de transfert : le choix du bon type de transfert dépend des objectifs du programme et du contexte local. Il peut être souhaitable d’adopter une combinaison de méthodes différentes, notamment avec assistance en nature et variations saisonnières. Les agences doivent consulter judicieusement la population affectée pour savoir quelles formes de transfert elle juge les plus appropriées (voir le standard 2 sur la sécurité alimentaire – moyens de subsistance).
     
  7. Ciblage des programmes de transfert : les difficultés peuvent être aussi grandes pour les biens et les services en nature, mais en raison de l’attrait exercé par l’argent liquide et les bons d’achat, il faut bien veiller à réduire au minimum les erreurs par exclusion ou par inclusion. On peut atteindre les bénéficiaires soit par ciblage direct (les ménages ou la population touchés par la catastrophe), soit par ciblage indirect (par exemple les marchands ou les prestataires de services locaux). En cas d’insécurité, il est préférable d’envisager un ciblage indirect (voir le principe de protection 1). Des considérations de genre influent sur la décision quant au membre du ménage qui sera inscrit pour recevoir l’argent liquide ou les bons d’achat, comme c’est le cas pour les transferts en nature (voir le standard 5 sur la sécurité alimentaire – transferts de vivres). Pour le ciblage, il est indispensable d'avoir une bonne coordination avec les parties prenantes, notamment les programmes publics d’assistance et de protection sociale assurant des transferts d’argent liquide (comme c’est le cas pour les transferts en nature).
     
  8. Suivi des transferts : une information sur la situation de départ est nécessaire, avec un suivi avant, pendant et après les programmes de transfert. On tiendra compte des effets directs et indirects des transferts d’argent liquide et de bons d’achats sur le marché. Les interventions doivent s’adapter à l’évolution du contexte et de la situation du marché. Le suivi doit s’intéresser aux prix des principaux biens, à l’effet multiplicateur sur l’économie locale et aux fluctuations des prix. On se posera les questions suivantes : qu’achètent les gens avec l’argent et les bons d’achat qu’on leur donne ? Peuvent-ils recevoir et dépenser de l’argent liquide en toute sécurité ? Y a-t-il des détournements d’argent liquide et de bons d’achat ? Les femmes influencent-elles la manière dont l’argent liquide et les bons d’achat sont dépensés ? (Voir le standard essentiel 5.)