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La Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire


Standard 3 sur les abris et l'habitat : espaces de vie couverts

La population touchée par une catastrophe dispose d'espaces de vie couverts suffisants pour garantir le confort thermique, une bonne aération et une protection contre les rigueurs du climat, et pour assurer le respect de l’intimité, la sécurité et la santé, tout en permettant l'exercice des activités essentielles à la vie familiale et des activités de subsistance.
 

Actions clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

Notes d'orientation

  1. Climat et contexte : dans les climats froids, les activités familiales se déroulent généralement dans l’espace couvert, et les personnes touchées par une catastrophe peuvent passer un temps important à l'intérieur pour bénéficier d'un confort thermique adéquat. Dans les villes, elles se déroulent presque toujours dans l’espace couvert, car il n’y a généralement pas beaucoup d'espace extérieur adjacent à utiliser. Il faudra donc souvent accorder une superficie couverte de plus de 3,5 m2 par personne pour répondre à ces besoins. La hauteur sous plafond est, elle aussi, un facteur à prendre en compte, une plus grande hauteur étant préférable sous des climats chauds et humides pour permettre une bonne circulation de l'air, et une moins grande sous les climats froids pour réduire le volume intérieur à chauffer. La hauteur sous plafond dans les logements doit être d'au moins deux mètres au point le plus haut. Sous des climats chauds, un espace extérieur ombragé adjacent peut être utilisé pour la préparation et la cuisson des aliments. Les solutions d'abri doivent s'adapter à toute une série de variations climatiques allant de nuits et d'hivers froids à des journées et des étés chauds. S'il est impossible de fournir tous les matériaux pour construire des abris complets, il faut accorder la priorité aux matériaux de toiture, qui garantiront un minimum d’espace couvert. Il est probable que cette formule n'assurera sans doute pas la protection nécessaire contre le climat, pas plus qu'elle n'assurera la sécurité, l’intimité et le respect de la dignité. Il faut donc répondre à ces besoins dès que possible (voir la note d’orientation 2).
     
  2. Durée : immédiatement après une catastrophe, surtout si les conditions climatiques sont extrêmes et qu’il est difficile de se procurer les matériaux pour construire les abris, un espace couvert de moins de 3,5 m2 par personne peut suffire pour sauver des vies et constituer un abri adéquat à court terme. Si c'est le cas, il faudra agrandir cet espace jusqu'à 3,5 m2 par personne le plus rapidement possible pour réduire au minimum les effets nocifs sur la santé et le bien-être des personnes ainsi hébergées. Si l’on n’arrive pas à assurer 3,5 m2 par personne, ou si cet espace est supérieur à la superficie dont dispose habituellement la population touchée par la catastrophe ou la population avoisinante, il faut étudier l'impact d'un espace couvert de plus petites dimensions en termes de respect de la dignité, de la santé et de l’intimité. Toute décision qui viserait à accorder moins de 3,5 m2 par personne doit être signalée, ainsi que les mesures qui sont prises pour en atténuer les effets négatifs sur la population touchée. Des abris temporaires ou transitoires pourront s’avérer nécessaires pour une période plus longue, comportant des variations climatiques saisonnières et pouvant durer éventuellement plusieurs années. Les plans d'intervention convenus avec les autorités locales ou d'autres acteurs devront veiller à ce que les abris temporaires ou transitoires ne deviennent pas des logements permanents par défaut.
     
  3. Pratiques culturelles, sécurité et intimité : pour décider en connaissance de cause des surfaces couvertes à aménager, il faut tenir compte des habitudes locales concernant l'utilisation de ces espaces couverts, par exemple pour dormir ou pour héberger des membres de la famille élargie. Les consultations à cet égard ne doivent pas oublier les membres des groupes vulnérables, ainsi que les personnes qui s’occupent d’eux.On fournira les moyens d'organiser des subdivisions à l’intérieur des abris familiaux individuels. Dans les logements collectifs, le regroupement de familles apparentées, une bonne planification des accès dans tout l’espace couvert, et des matériaux destinés à faire écran entre les espaces personnels et les espaces familiaux peuvent s'avérer très utiles pour garantir le respect de l’intimité et de la sécurité. La plus grande importance doit être accordée aux avantages psychosociaux de la mise à disposition d'un espace adéquat et du respect de l’intimité, ainsi qu’à une réduction autant que possible de la surpopulation, tant pour les abris familiaux individuels que pour les hébergements collectifs temporaires (voir le principe de protection 1).
     
  4. Activités ménagères et de subsistance : les espaces couverts doivent offrir suffisamment de place pour les activités suivantes : dormir, faire sa toilette et s'habiller ; soigner les nourrissons, les enfants, les malades ou les personnes handicapées ; stocker la nourriture, l'eau, les biens personnels et d’autres biens de première nécessité ; cuisiner et manger à l'intérieur, quand c'est nécessaire ; et se réunir couramment en famille. Leur planification, en particulier l’emplacement des ouvertures et des cloisons, doit tirer le meilleur parti de l'espace intérieur et de toute zone extérieure adjacente.
     
  5. Solutions d’abri, matériaux et construction : diverses solutions d'abri comme les tentes familiales, les abris à monter, les lots de matériaux ou les bâtiments préfabriqués doivent être fournies lorsque des solutions locales ne sont pas disponibles immédiatement, sont inadéquates, ou lorsque le milieu naturel local ne peut en assurer la viabilité. Lorsque des bâches plastiques renforcées sont fournies comme solution d'urgence, il faut aussi fournir des cordes, de l’outillage, de la quincaillerie et d’autres accessoires, comme des piquets en bois et des cadres en matériaux locaux. Tous ces matériaux doivent répondre aux spécifications et aux normes nationales et internationales, et être acceptables aux yeux de la population concernée. Si une partie seulement des matériaux pour des abris de fortune est mise à disposition (les bâches en plastique, par exemple), il faut évaluer et atténuer tout impact négatif potentiel sur l'économie locale ou sur l'environnement de l'acquisition des autres matériaux nécessaires (comme les piquets en bois dont on fait les cadres). Les spécifications des matériaux et le choix des techniques à utiliser dépendront également de l'aptitude technique et financière de la population touchée par la catastrophe à entretenir et réparer les abris (voir le standard 5 sur les articles non alimentaires). Un suivi régulier permettra de veiller à ce que les solutions mises oeuvre en restent adéquates au fil du temps.
     
  6. Participation à la conception : tous les membres des ménages touchés doivent participer, dans la mesure du possible, à la définition du type d'aide qu'ils doivent recevoir en matière d'abri. Il faut accorder la priorité aux opinions des personnes ou des groupes censés passer le plus de temps dans ces espaces de vie couverts ou aux groupes qui ont besoin de facilités d'accès particulières. On s'inspirera pour cela du type d'habitat existant. Il faut aussi sensibiliser les ménages aux avantages et aux désavantage des types de construction et de matériaux « modernes » auxquels ils ne seraient pas habitués, pourraient être perçus comme une amélioration du statut social des bénéficiaires (voir le standard essentiel 1).
     
  7. Sous les climats chauds et humides : les abris doivent être orientés et conçus pour assurer la meilleure ventilation possible et réduire l'exposition directe aux rayons du soleil. Le toit doit avoir une pente raisonnable pour l'écoulement des eaux de pluie et être pourvu d'auvents de bonnes dimensions, sauf dans les régions exposées à des vents violents. Les abris doivent être construits en matériaux légers, dans la mesure où une faible capacité thermique est nécessaire. Un système adéquat d'écoulement des eaux de surface doit être prévu tout autour de l'abri, de même que des planchers surélevés pour réduire le risque d'un écoulement d'eau à l'intérieur de la zone couverte.
     
  8. Sous les climats chauds et secs : la construction doit être en dur pour offrir une bonne capacité thermique, qui permettra aux variations de température entre la nuit et le jour de rafraîchir ou de chauffer l'intérieur, ou en matériaux plus légers mais dotée d'une isolation adéquate. Lors de la construction de bâtiments en dur, il faut faire attention, dès la conception, aux risques sismiques dans la région. Si l'on ne dispose que de bâches en plastique ou de tentes, il faut prévoir un toit à double couche avec ventilation intermédiaire pour limiter l’élévation de la température par radiation. En orientant la porte et les fenêtres dans la direction opposée à celle des vents dominants, on pourra réduire l'échauffement dû aux vents chauds et à la réverbération de la chaleur sur le sol environnant. Le tapis de sol devra s'étendre jusqu'aux parois sans laisser d'interstices afin de réduire la pénétration de la poussière et des vecteurs.
     
  9. Sous les climats froids : les abris qui seront occupés toute la journée doivent être construits en matériaux durs à haute capacité thermique. Les constructions en matériaux légers à faible capacité thermique et dotées d'une isolation importante conviennent mieux pour les abris qui ne sont occupés que la nuit. On limitera les courants d'air, en particulier aux portes et aux fenêtres, pour garantir un bon confort personnel tout en assurant une ventilation adéquate pour les chauffages et les fourneaux de cuisine. Ces équipements sont essentiels et doivent être bien adaptés à l'abri. Il faut évaluer les risques d'incendie qui peuvent en résulter et prendre des mesures pour les limiter (voir le standard 4 sur les articles non alimentaires). Un système de drainage des eaux de surface doit être prévu autour de l'abri, et les planchers doivent être surélevés pour réduire l'écoulement d'eau de pluie ou de fonte de neige à l'intérieur de la zone couverte. La perte de chaleur par le sol doit être réduite au minimum par l'isolation du sol et l'utilisation de nattes, ou de matelas isolants, ou de lits surélevés (voir le standard 2 sur les articles non alimentaires).
     
  10. Ventilation et lutte antivectorielle : une bonne ventilation doit être assurée dans les abris pour ménages individuels et dans les bâtiments publics comme les écoles et les établissements médicaux, afin d’entretenir un environnement sain à l'intérieur des bâtiments, de réduire au minimum les effets de la fumée des fourneaux installés à l'intérieur, ainsi que les infections respiratoires et les problèmes oculaires qui peuvent en résulter, et de limiter aussi le risque de transmission de maladies comme la tuberculose par les diffusion de microgouttelettes infectées. Les mesures de lutte antivectorielle doivent s’inspirer des habitudes locales en matière de construction, des types d'abri utilisés par les personnes déplacées et du choix des matériaux (voir le standard 1 sur les services de santé essentiels - lutte contre les maladies transmissibles, et les standards 1 à 3 sur la lutte antivectorielle).